Une place Raymond Aron à Versailles

La place située à la jonction de l’avenue de la Maye, de l’avenue de l’Amiral Serre et de la rue Henri le Sidaner sera dénommée « Place Raymond Aron ».

Raymond Aron (14 mars 1905 -17 octobre 1983) éminent intellectuel, philosophe, sociologue, politologue, historien, journaliste et membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, a passé son enfance à Versailles. C’est entre 1913 et 1915, que sa famille fait construire une maison en pierre meulière à la suite du lotissement du domaine de Glatigny, non loin du Château de la Maye. Raymond Aron y grandit avec ses deux frères. Il fréquente ainsi le lycée Hoche, de la classe de huitième à celle de philosophie, où il fait de brillantes études et obtient en 1922 son baccalauréat « philosophie » avec la mention très bien.

Pour lire l’ensemble de la délibération du Conseil Municipal de Versailles du 14/12/2017, cliquez ici.

Conférence d’Esther DUFLO, au lycée Hoche le 16 novembre 2017 – Science contre pauvreté

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Esther DUFLO, ENS ULM (Lettres et sciences), Agrégée d’économie, Docteur du Massachusetts Institute of Technology (MIT) en Economie, est titulaire de plusieurs prix internationaux et professeur au MIT (chaire de réduction de la pauvreté et économie du développement) ». Pendant la présidence de Barack OBAMA, elle a fait partie du President’s global Development Council. Elle est membre de l’Académie américaine des sciences. Cette grande économiste mondialement reconnue est venue le 16 novembre 2017 à Hoche nous parler de la lutte contre la pauvreté, à travers les expériences éducatives, qu’elle dirige, de plusieurs pays.

Les sièges de l’amphithéâtre n’ont pas suffi à accueillir les centaines de participants, anciens professeurs, anciens élèves, et surtout lycéens des classes terminales (dont le programme inclut le sujet de la conférence) et de prépas. Les plus jeunes ont donc suivi assis sur les marches, mais tous ont été vivement intéressés par l’exposé et les aides visuelles.

1. Les origines de l’orientation d’Esther DUFLO

La vie familiale a été un facteur important de l’orientation d’Esther DUFLO vers l’économie de la pauvreté : sa mère a beaucoup travaillé dans des associations humanitaires, et en parlait en famille, où l’on admirait Mère TERESA et le Dr. Albert SCHWEITZER (1875-1965, médecin protestant au Congo, Prix Nobel de la Paix 1952). D’autres actions et des chansons célèbres (Ethiopie sans frontières) ont conforté sa sensibilisation.

2. Les perceptions du grand public

Comme le grand public est objectivement concerné par la lutte contre la pauvreté, en tant que citoyen du monde et donateur potentiel, il est utile de connaître sa perception de la pauvreté, et ses réactions.
Une grande partie de la communication vers le grand public vise à provoquer la pitié et les émotions, et choisit dans ce but, comme symbole et affiche, un enfant démuni. Inversement, l’empathie et la mobilisation du public sont nettement moins fortes quand sont affichés des statistiques, même sous forme de messages-chocs, ou des groupes de pauvres : il semble alors que leurs ampleurs provoquent plutôt le découragement. De même, un sinistre isolé (par exemple Haïti en 2015) provoque des records de dons par rapport à la cause plus générale de la pauvreté.
De plus, la communication doit lutter contre deux idées assez largement répandues : (1) les pauvres sont paresseux ; (2) la clé de la victoire sur la pauvreté réside dans la création de micro-entreprises (souvent grâce au micro-crédit) c’est l’idée que « levons les obstacles, et les gens se débrouilleront ».

3. Les bases des actions de lutte contre la pauvreté

Esther DUFLO est quant à elle convaincue que les deux idées en question sont inexactes, et que les faiblesses à combattre, c’est-à-dire les principaux obstacles au développement, sont les mêmes que dans les pays développés, et se trouvent surtout dans l’éducation. En effet, les capacités innées des tout-petits (de 2 à 4 ans) dans les pays pauvres ne sont pas différentes de celles d’Amérique du Nord, comme le montrent des tests effectués par des psychologues de Harvard : sur des dessins de points, de lignes etc., les enfants de pays pauvres sont capables d’utiliser, sans les avoir appris et sans les formaliser, des notions mathématiques (de comparaison, de formes élémentaires dans le plan er dans l’espace etc.).

Autres découvertes :

  1. 1. Dans les écoles rudimentaires d’Afrique, d’Inde, …, les adultes savent souvent créer des programmes d’éducation primaire efficaces,
  2. 2. Les capacités innées des enfants pauvres les empêchent de percer dans l’enseignement primaire dans tous les cas où les programmes officiels, encore inspirés (par exemple au Kenya) de l’époque coloniale (peu d’élèves, et haut niveau visé) exploitent mal ces capacités. Paradoxalement, l’Inde possède à la fois un système primaire et secondaire catastrophique et des universités concurrençant les nord-américaines.
  3. 3. Autre gaspillage constaté : celui des petits vendeurs des rues. Ils sont presque tous bons en calculs intuitifs (calcul des prix et du rendu de monnaie) mais très faibles quand on leur demande de les faire par des opérations écrites.

4. Les expériences de lutte contre la pauvreté dirigée par Esther DUFLO

Des expériences éducatives, basées sur de très nombreux groupes scolaires de niveaux volontairement très différenciés, ont été menées avec l’association indienne Pratham, sous la direction d’Esther. Son équipe a évalué leurs résultats par des méthodes d’échantillonnage des villages participants, comparables à des tests cliniques. Il est apparu que les villages dépourvus de véritables programmes éducatifs produisent de faibles résultats, et qu’au contraire ceux qui s’appuient sur des programmes sérieux atteignent un fort taux de réussite. Ces expériences permettent de dégager et de sélectionner les programmes efficaces, et l’étape suivante consiste à les faire adopter par les pouvoirs publics.

Au total,

  • Esther a créé en Inde, en 2007, l’organisation Abdul Atif Poverty Action Lab (J-PAL), pour conduire des centaines de nouveaux projets éducatifs visant l’amélioration du sort des pauvres, aves des indicateurs de mesure de leurs résultats,
  • 300 millions d’enfants ont déjà bénéficié de ces programmes-projets ;
  • Esther DUFLO conclut : le progrès est tout à fait possible en éducation, mais dans la durée et grâce à la patience, comme les progrès en médecine.

Des questions-réponses, émanant de lycéens visiblement très attentifs, ont conclu la conférence, portant sur les méthodes d’échantillonnage, l’organisation de la collecte des données des tests, les financements (notamment les fondations telles que celle de Bill GATES), les choix à faire dans la répartition des aides financières.

Nous remercions tous vivement Esther DUFLO de cette belle conférence !

Vincent BOURGERIE, Vice-président de l’Association des Anciens de Hoche.

In memoriam Paul DOURY, ancien de Hoche (1936-1946) – Un Grand Monsieur

Paul DOURY était doué, très doué.

Nous nous sommes rencontrés, nous avions tous deux une dizaine d’années. Il était mon aîné de deux ans. C’était le début de la seconde guerre mondiale, mais nous ne savions pas ce qu’elle allait être. L’avenir était plus qu’incertain pour tous.

Après le bac, et la guerre, ce furent les études à Paris et, même si nous n’avions pas choisi la même voie, souvent nous avons fait le voyage ensemble sur la ligne Versailles Rive droite – Saint Lazare. Paul était volontiers bavard et moi aussi. Nous avons refait le monde à maintes reprises, bercés – ou plutôt secoués – par des wagons qui avaient été modernes au début du vingtième siècle, mais beaucoup moins dans les années 50… Il m’a souvent énervé : quel que soit le sujet abordé, il en savait toujours plus que moi, notamment en histoire. Il voulait faire de la médecine. Il s’est présenté au concours d’entrée à l’école de Lyon qui formait les « médecins coloniaux ». Il a été reçu. Il était doué.

Il fut, à ce titre, comme il le raconte dans l’un de ses livres « l’un des tous derniers élèves d’Henry Foley » (Henry Foley, pour qui l’ignore, fut celui qui découvrit le rôle du pou comme agent de transmission de certaines maladies – notamment la « fièvre récurrente mondiale »). Paul fut d’abord affecté dans le Hoggar, puis dans le sud saharien, avec la dureté du climat et les risques sanitaires que comportaient de tels séjours pour lui et les siens. Comme tous ses collègues, il était médecin, tous les jours, 24heures sur 24, sept jours sur sept, 365 jours par an, avec toutes les tournées dans le « bled » que cela supposait. Il s’est passionné pour son métier qui sauvait des vies, luttant contre les maladies épidémiques ou endémiques. Il a été un des artisans de l’œuvre effectuée par les médecins français pour doter ces régions des premiers éléments d’un système de soins cohérent et d’un système hospitalier. Après ce séjour africain, il est remonté dans le Maghreb, plus précisément au Maroc, où il a exercé à l’hôpital Mohammed V des forces armées marocaines et à la faculté de médecine de Rabat.

Un jour, un de ses collègues lui a demandé de l’aider à préparer l’agrégation de médecine. Comme il me l’a raconté, il s’est dit, à cet instant « au fond, pourquoi je ne me présenterais pas à ce concours ? ». Ce qu’il fit et fut reçu. Il était très doué !

Agrégé de médecine, il a été titulaire de la chaire d’hygiène à l’hôpital militaire du Val de Grâce, où il a terminé sa carrière comme « médecin général inspecteur ».

Mais la retraite n’a pas signifié pour lui l’arrêt de toute activité. La recherche historique avait toujours été une passion inassouvie. Il a repris ses études et les a continuées jusqu’à obtenir un doctorat d’histoire le 28 juin 2006 à l’université Paris IV, avec comme sujet « Lyautey et le Tafilalet ». Il s’était toujours demandé pourquoi son grand-père avait quitté l’armée avant la limite d’âge et, un jour, lors de ses recherches, il a trouvé une annotation de Lyautey ainsi libellé « affaire DOURY réglée ». Il a voulu comprendre ce dont il s’agissait. Lyautey avait décidé, de sa propre autorité, en pleine guerre européenne d’entreprendre une opération de grande envergure visant à couper le « bloc berbère » en deux à travers le Moyen Atlas, avec la jonction des troupes de la région de Meknès au nord-ouest avec celles de Bou Denib au sud-est, c’est à dire d’occuper le Tafilalet, berceau de la dynastie marocaine : il escomptait des bénéfices symboliques considérables pour un coût minime. En 1917, cette opération eut lieu, mais elle entraina un soulèvement général des tribus l’année suivante, qui s’étendit jusqu’à la Moyenne Moulouya et qui dura jusqu’en 1917, malgré l’appui des autorités militaires algériennes et se termina par un retrait des troupes françaises. Lyautey, loin d’assumer son erreur en fit porter la responsabilité au lieutenant-colonel DOURY, commandant de l’unité mobile de Bou Denib, dont la carrière prometteuse fut brisée net. Jacques Frémeaux, président de son jury de thèse a loué la qualité de son travail et de son objectivité (bien que le sujet ait été traité par le petit-fils de l’intéressé, « l’étude n’en demeure pas moins impartiale et la démonstration parait difficilement contestable »). J’ai assisté à la soutenance de sa thèse. Tout le monde a été impressionné. Il était vraiment très très doué.

Il était président d’honneur de « La Rahla, Amicale des Sahariens ». Il avait été élu, en 1993, membre correspondant de l’Académie de médecine. Ces deux titres sont, d’une certaine façon un résumé de sa vie.

Lorsqu’il a appris qu’il était atteint de la maladie de Parkinson, il m’a dit cette simple phrase : « je sais ce qui va se passer ». Il a été d’une étonnante lucidité jusqu’au dernier moment. C’était un « Grand Monsieur ».

Je ne voudrais pas terminer ce petit message sans rendre hommage à son épouse Micheline et rappeler que s’il fut un travailleur acharné, ceci ne l’a pas empêché de créer une famille avec elle, ses trois filles et son fils, que je salue ici.

A titre personnel, je voudrais dire qu’il fut un ami solide et fidèle, même si nos métiers respectifs ont maintenu entre nous une distance certaine au plan géographique.

Merci à l’association des Anciens de Hoche d’avoir permis de nous retrouver.

Guy Vidal (1934-1946)