Petite chronique de la corniche « Hoche » 1946 – 1967

La corniche « Hoche » le 2 décembre 1960

Parmi les Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CGPE) du lycée Hoche, la « Corniche », classe préparatoire à Saint-Cyr, occupait une place particulière. Non que l’enseignement académique prodigué aux élèves ait été fondamentalement différent de celui des autres prépas. Mais la vocation des corniches étant spécifiquement la préparation au concours d’entrée à l’Ecole Spéciale Militaire dans la perspective d’une carrière d’officier de l’armée de terre, elle imprimait tant à l’organisation de la classe qu’au comportement des élèves des caractéristiques qui, à de nombreux égards, détonnaient dans les lycées. Comme l’indique François Bonnieux (Corniche 59-60) : « Notre séjour en Corniche pour préparer le concours fait partie intégrante de notre parcours militaire même si nous n’avons que le statut de lycéens civils. En effet, pendant ces années de Corniche, nos vocations militaires s’affirment, nous sommes initiés aux traditions de l’Armée en général et de Saint-Cyr en particulier ».

A sa réouverture en 1946, la corniche ne comprend qu’une option « Sciences ». En 1951 une option « Lettres » voit le jour, réservée en principe, aux bacheliers Philo-lettres et Sciences expérimentales, vite dédoublée entre « Histoire et géographie » et « Langues ». Le concours d’entrée à Saint-Cyr est commun, un même nombre total de coefficients, répartis différemment selon les options, servant à établir un classement unique des candidats malgré des épreuves différenciées. Ce système fonctionnera jusqu’en 1967.

Plus de 20 classes de corniche fonctionnent dans les lycées civils en France métropolitaine et à Alger jusqu’en 1961, et dans les écoles militaires préparatoires. A Paris coexisteront jusqu’à 5 corniches alors que Versailles est le siège d’une compétition entre la corniche « Postes » de l’école Sainte-Geneviève et la corniche « Hoche ».

A cette époque, les candidats sont autorisés à se présenter au concours d’entrée à Saint-Cyr après une seule année de préparation. Si la réussite dès la première année n’est pas rare en option Sciences, elle l’est beaucoup plus en Hist-Gé et en Langues vivantes compte tenu de l’ampleur des programmes. Les effectifs de la corniche Hoche ont oscillé entre une petite vingtaine et plus de soixante-dix élèves, en fonction de l’évolution des besoins d’encadrement des armées liés aux conflits d’Indochine et d’Algérie, et parce que la corniche « Hoche » a été constituée, de 1950 à 1962, par deux entités : une corniche civile constituée des élèves venant de terminer leur cycle d’études secondaires, et une corniche « militaire » constituée de sous-officiers ou aspirants titulaires du baccalauréat et ayant fait acte de candidature à Saint-Cyr. A Versailles, ils logeaient à la caserne d’Artois et suivaient au lycée les mêmes cours que leurs camarades civils. Le général Yves André se souvient : « Engagé volontaire en 1955, j’ai rejoint la corniche militaire de Versailles à l’issue d’un premier séjour en Algérie. Ma scolarité a donc été marquée par deux points essentiels ; il me fallait réussir le concours dès la première année de prépa, sous peine de regagner mon régiment en Algérie comme simple sergent ; par ailleurs j’ai automatiquement bénéficié auprès de mes camarades, du prestige de l’ancien combattant. De ce fait, j’ai échappé à toutes les petites tracasseries qui accompagnent généralement la formation des Bizuths[1] ».

L’ambiance et les traditions

Sauf pour quelques élèves habitant Versailles, la règle de vie était l’internat. La période de la rentrée de septembre au 2 décembre, date anniversaire de la bataille d’Austerlitz, était marquée par les activités de tradition, qui ne concernaient que les élèves civils de la corniche. Les modalités de ce « bahutage[2] » des nouveaux élèves étaient très directement liées aux traditions de l’école de Saint-Cyr. Plutôt physique, pimenté de chants de tradition et d’exercices divers les jeudi après-midi dans le parc du château ou dans les bois de Fausses Reposes, il visait, de la part d’anciens se prenant très au sérieux, à inculquer aux « pékins libidineux et indécrottables les bases élémentaires d’éducation indispensables à un futur élève officier d’active ».Le 2 décembre, les « pékins » de 1ère année de la corniche recevaient leur calot bleu clair et rouge lors d’une cérémonie sur les marches de la chapelle du lycée, en présence du corps professoral et des intégrés de l’année, en grand uniforme, revenus de Coëtquidan pour l’occasion.

Chaque année, une cérémonie d’hommage aux fonctionnaires et élèves morts pour la France était organisée le 11 novembre. En présence du proviseur, du corps professoral et de madame Magny, notre marraine, mère adoptive du Chef de bataillon Henri Magny, Saint-Cyrien de la promotion Mangin (1929-1931), Compagnon de la Libération, mort pour la France le 16 mai 1944 en Italie, la corniche, précédée de son fanion tricolore, clôturait le défilé de toutes les classes du lycée qui se regroupaient autour de la cour d’honneur. Mais jusqu’en 1961, ce sont surtout les évènements d’Algérie, qui ont marqué la vie interne de la corniche, une certaine tension existant alors entre partisans et adversaires – vrais ou supposés – de la politique algérienne du gouvernement, et sans que l’encadrement du lycée ou les professeurs en prennent toujours la juste mesure.

Les professeurs

Tout au long de ces années, la corniche a bénéficié de l’enseignement d’une cohorte de professeurs qui ont marqué les élèves, non seulement par l’étendue de leurs connaissances et leur sens pédagogique, mais aussi, et peut-être surtout, par leur dévouement et leur totale implication dans la réussite de leurs élèves. Les noms sont toujours en mémoire : MM. Trotignon et Bergeron (Histoire-Géographie), Littaye (Physique), Henrion, Bataille et Vivey (Anglais), Durand et Millier (Mathématiques), Nivat (Lettres), Klein, un alsacien à l’accent bien marqué (Allemand), Strich (Allemand). Que dire de la personnalité « folklorique » de monsieur Robert (Physique), commandant de réserve, qui aura marqué des générations de candidats « Sciences » par ses descriptions anatomiques de la machine à vapeur et la taille de ses chevalières en or. Mais c’est sans conteste M. Reverseau (Histoire-Géographie), affectueusement surnommé « Mémé », dont les Cyrards de plus de 10 promotions se souviennent avec le plus de nostalgie. Lors de sa dissolution en 1968, la corniche décidera de lui léguer son fanion comme marque d’estime particulière et en remerciement de son dévouement.

Le concours

Les épreuves écrites étaient organisées alternativement par le Lycée Hoche et l’Ecole Sainte-Geneviève alors que les épreuves de l’oral se tiennent à Paris au lycée Condorcet. Depuis 1960, les candidats devaient être en possession du permis de conduire VL pour passer l’oral. Les épreuves de mathématiques portent souvent sur l’étude de fonctions, variations, courbes dont les coniques, calculs logarithmiques, épreuve d’épure (ombre portée par un solide constitué d’une sphère portée par une pyramide et éclairée par des rayons lumineux à 45° de la verticale – 1951). En physique, le moteur à explosion, principe et rendement ; les montages électriques, générateurs, résistances, moteurs. Autres exemples : « Au nom de quels principes moraux un homme peut-il imposer à d’autres hommes le sacrifice de leur propre vie ? » (Français 1 – 1946) ; « Analysant les qualités de chef, un psychologue contemporain a écrit : la plus parfaite manifestation de la volonté du chef, c’est la ténacité qui vainc tout ensemble et le temps, et les hommes. Expliquez cette affirmation » (Français 1 – 1951) ; « L’Afrique occidentale française : grandes régions naturelles, voies de communication, ressources, perspectives d’avenir » (Géographie – 1951); « La rivalité des maisons de France et de Bourgogne 1363/1491 » (Histoire – 1959). Certaines épreuves paraissent insurmontables aux candidats. En 1958, l’un d’eux, interrogé sur l’angle de deux droites, ira jusqu’à répondre : « j’ai une vocation pour les blindés, je ne vois pas l’intérêt de cette question ! ».

L’importance des épreuves sportives à l’oral du concours est justifiée par la perspective d’une carrière dans les armées. La préparation des épreuves est facilitée à Hoche par l’excellence des installations sportives, le grand gymnase de l’aile des Sciences et le stade du lycée avec ses sautoirs, sa piste et le grand portique dont tous les anciens lycéens se souviennent. L’obtention du brevet de parachutiste prémilitaire donne également quelques points supplémentaires au concours. La Préparation Militaire Parachutiste, organisée à Versailles dans la caserne de Limoges (avenue de Sceaux) est donc très courue des élèves de corniche. Outre les séances d’instruction en semaine lors des demi-journées où il n’y a pas classe au lycée, les élèves bénéficient parfois d’une période d’entrainement groupée de quelques jours pendant les vacances scolaire. Entre avril et juin, les séances de saut en vol ont lieu à Villacoublay ou sur la base aérienne d’Orléans-Bricy.

En conclusion…

Suite à la décision de regroupement de toutes les Corniches dans des établissements militaires d’enseignement et à l’obligation d’une préparation au concours en deux ans, comme pour les autres prépas, la corniche Hoche cesse d’exister en 1967. Entre 1946 et 1967, plus de 900 élèves seront passés par cette corniche Hoche, elle aura donné environ 400 officiers aux armées dont plus de 80 officiers généraux.

Vingt et un d’entre eux, le plus souvent jeunes lieutenants ou capitaines, sont morts pour la France en Indochine, Algérie et Liban, et quatre en service commandé. Ne les oublions pas !

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Général de corps d’armée (2S) André Ranson, ancien du lycée Hoche (1959-1965)

[1] Témoignage du général Yves André, corniche 56/57, Saint-Cyr 57/59.
[2] En référence à l’intégration dans l’ancienne école de Saint-Cyr, bombardée pendant la guerre et nommée le « Vieux bahut ».

Luc Ravel (1975) est nommé archevêque de Strasbourg

Mgr RAVEL lors de son installation épiscopale, © DNA

Notre camarade Mgr Luc Ravel a été installé archevêque de Strasbourg le 2 avril 2017.

Il quitte sa charge épiscopale au Diocèse aux Armées qu’il exerçait depuis 2009.

Luc Ravel a suivi ses classes préparatoires au lycée Hoche dans la classe de Jean Cuenat avant d’entrer à Polytechnique en 1977, puis à l’École nationale supérieure du pétrole et des moteurs en 1980.

Il suit ensuite des études de philosophie et de théologie à l’abbaye Saint-Pierre de Champagne et à l’université de Poitiers, et est ordonné prêtre en 1988.

Il crée notamment le mouvement Notre-Dame de l’Écoute, destiné aux célibataires et personnes seules.

Nous lui présentons amicalement tous nos vœux de réussite dans sa nouvelle mission pastorale.

Louis-Aimé de Fouquières (1967-1977)

Photo prise avenue de Saint-Cloud devant le lycée Hoche au printemps 1977

En ce temps là, il n’y avait sur l’avenue de Saint-Cloud que des 2 CV, des R 16 et des R 4, garées le long du mur d’enceinte du Lycée.

Sur le banc devant la porte d’entrée sont assis trois élèves de la terminale A2, qui attendent l’ouverture des portes.

  • Avec sa célèbre bouffarde, Pascal Arnoux, futur historien,
  • Avec sa mallette, Philippe Lecoustour, alors footballeur amateur, qui deviendra dirigeant du club de handball des Yvelines,
  • Avec un pied sur le banc, Jean Christophe Munoz, qui fera une carrière dans l’assurance, comme votre serviteur.

Philippe Cubaud (1973-1977), administrateur de l’Association des Anciens de Hoche

Gouttes, ondes et renversement du temps par Emmanuel Fort

Emmanuel Fort, ingénieur des Télécoms (Paris) et universitaire, physicien, Professeur de l’ESPCI Paris (Ecole Supérieure de Physique et Chimie Industrielles) à l’Institut Langevin, est venu le 223 mars 2017 nous présenter les recherches, qu’il dirige, sur les ondes des liquides. Cet Institut renommé a créé et soutient des entreprises pour l’application des résultats de ses travaux, avec le concours actif de la Fondation d’AXA.

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Eloge funèbre de Jean Cuenat de la part des Anciens

C’est une améthyste que la classe de mathématiques spéciales à laquelle j’ai appartenu a offert à son professeur de mathématiques à Noël.

À l’heure poignante du dernier hommage, ce présent me paraît emblématique de ce que Jean Cuenat représentait pour nous, ses élèves.

La stabilité de cette variété de quartz, pierre parmi les plus dures, la simplicité et la régularité de son cristal, sa translucidité nuancée du reflet violet que lui confèrent ses quelques éléments de fer, la cohérence des cristaux assemblés les uns aux autres, voilà ce que Jean Cuenat aimait et nous a appris à aimer, voilà ce qui le rendait attachant et précieux à chacun de nous.

La stabilité et la dureté du quartz, comme la dureté mais aussi la stabilité des mathématiques telles que Jean Cuenat les enseignait. Nulle concession possible au double sens. Pas de critère approximatif. Pas d’argumentation hasardeuse dans les démonstrations. Mais la certitude que la bonne méthode, qui serait aussi la plus simple, conduirait au bon résultat.

La translucidité du cristal. Sans concession, Jean Cuenat nous disait ce qu’il attendait de chacun de nous. Ses notes, ses appréciations nous situaient précisément sur l’échelle. Mais avoir 2 sur 20 ne nous confinait pas au monde des cancres. Cela donnait simplement la mesure du chemin à parcourir pour remonter la pente. Jamais « tu es nul, mais je t’aime bien quand même », toujours « oui c’est difficile pour toi, mais voilà comment y parvenir ».

Les erreurs des copies étaient toujours pointées en détail. Le reflet violet du cristal. Pendant notre vie de taupin, Jean Cuenat était la personne qui prenait le plus de place de notre vie. Nous étions ensemble seize heures par semaine. Et dès qu’il nous quittait, ce n’était que pour retrouver nos piètres copies, préparer les nouveaux problèmes qu’il écrivait et ronéotait lui-même, s’inquiéter des évolutions des programmes, guetter les nouveaux sujets. Nous savions bien qu’il ne ménageait rien de sa peine pour faire quelque chose des élèves médiocres que nous étions.

La beauté conférée par la simplicité. Toujours Jean Cuenat nous faisait toucher les objets mathématiques dans leur version la plus dépouillée, avec des termes précis mais finalement peu nombreux. Le bénéfice pédagogique est bien sûr énorme, puisque nous n’avons jamais rien eu à apprendre de superflu. Mais de plus chacun de nous a été, à un moment ou un autre, saisi par la beauté de ces objets sans fioritures.

La cohérence des cristaux. Jean Cuenat était soucieux d’excellence pour tous ses élèves, pas pour une sélection d’entre eux. Tous devaient réussir en s’appuyant les uns sur les autres. Nul besoin de charte pour expliquer cela, mais des pratiques qui ne se discutaient pas. L’importance du rôle du « Z » et du « VZ », le délégué de classe et son adjoint ; l’organisation des groupes de colles, savamment dosés pour le bénéfice des élèves ; le choix des interrogateurs, ses collègues et amis de confiance ainsi que des jeunes anciens, tous partageant les valeurs d’exigence et de respect ; la responsabilité personnelle de l’élève prenant le cours pour un camarade absent ; l’exigence de venir rendre compte des interrogations orales de concours, pour le bénéfice de la classe.

Jean Cuenat avait une très haute idée de la profession d’ingénieur à laquelle nous nous destinions. Il nous faisait toucher du doigt notre responsabilité de citoyen si nous faisions nos calculs trop à la légère. Le pont que nous aurions conçu n’allait-il pas s’écrouler ?

Pour beaucoup d’entre nous la relation avec Jean Cuenat a continué après l’intégration et l’entrée en vie active. Après avoir si fortement façonné nos modes de pensée dans le respect de nos personnalités, il tâchait de savoir en quoi son enseignement était utile dans l’exercice professionnel. Chacun d’entre nous a tiré parti, consciemment ou non, des valeurs qu’il nous a inculquées.

Je voudrais ici insister sur le caractère extrêmement personnel des relations que nous avons chacun tissées avec Jean Cuenat. On le voit dans les témoignages, il reconnaissait chacun de ses anciens élèves comme une personne unique. Pour peu que l’on échangeât avec lui sur les domaines qui l’intéressaient, on entrait dans une conversation individuelle érudite et passionnée. J’en ai fait l’expérience enthousiasmante une dizaine d’années après son départ à la retraite, et je dois confesser que je m’apprêtais à lui remettre un livre que j’ai rédigé en pensant notamment à lui, mais le destin a voulu que le début de la mise sous presse coïncidât avec son départ.

Jean Cuenat a toujours tenu en haute estime l’Association des Anciens de Hoche, et ne manquait pas d’y venir quand nous l’invitions. Il y restait absolument lui-même. Le jour où l’association le nommait membre d’honneur, il allait entourer Thomas Mordant de son affection plutôt que de rester sous les feux de la rampe.

La communauté des Anciens élèves souhaite apporter à son épouse, qui elle aussi a mis sa vie au service de l’enseignement, à son frère, à sa sœur et à sa belle-sœur, à ses enfants et à ses petits-enfants, l’assurance de ses très sincères condoléances.

Jean Cuenat était au service du bien. Le lycée Hoche lui doit au moins 690 anciens élèves ayant intégré, dont 365 ayant réussi le concours de l’école Polytechnique. Et chacun d’entre nous lui portons une reconnaissance infinie. Les quelques minutes que nous passons ensemble ne suffiront pas à épuiser les durables sentiments d’affection autour de ce maître aimant et aimé. Je forme le vœu que sa vie exemplaire suscite des vocations d’enseignants cultivant comme lui l’amour du Vrai et du Beau auprès de leurs élèves.

Louis-Aimé de Fouquières (1967-1977)

Allocution prononcée lors de la cérémonie de crémation de Jean Cuenat le 6 février 2017 à 16 h à Pierre (28130)