In memoriam Paul DOURY, ancien de Hoche (1936-1946) – Un Grand Monsieur

Paul DOURY était doué, très doué.

Nous nous sommes rencontrés, nous avions tous deux une dizaine d’années. Il était mon aîné de deux ans. C’était le début de la seconde guerre mondiale, mais nous ne savions pas ce qu’elle allait être. L’avenir était plus qu’incertain pour tous.

Après le bac, et la guerre, ce furent les études à Paris et, même si nous n’avions pas choisi la même voie, souvent nous avons fait le voyage ensemble sur la ligne Versailles Rive droite – Saint Lazare. Paul était volontiers bavard et moi aussi. Nous avons refait le monde à maintes reprises, bercés – ou plutôt secoués – par des wagons qui avaient été modernes au début du vingtième siècle, mais beaucoup moins dans les années 50… Il m’a souvent énervé : quel que soit le sujet abordé, il en savait toujours plus que moi, notamment en histoire. Il voulait faire de la médecine. Il s’est présenté au concours d’entrée à l’école de Lyon qui formait les « médecins coloniaux ». Il a été reçu. Il était doué.

Il fut, à ce titre, comme il le raconte dans l’un de ses livres « l’un des tous derniers élèves d’Henry Foley » (Henry Foley, pour qui l’ignore, fut celui qui découvrit le rôle du pou comme agent de transmission de certaines maladies – notamment la « fièvre récurrente mondiale »). Paul fut d’abord affecté dans le Hoggar, puis dans le sud saharien, avec la dureté du climat et les risques sanitaires que comportaient de tels séjours pour lui et les siens. Comme tous ses collègues, il était médecin, tous les jours, 24heures sur 24, sept jours sur sept, 365 jours par an, avec toutes les tournées dans le « bled » que cela supposait. Il s’est passionné pour son métier qui sauvait des vies, luttant contre les maladies épidémiques ou endémiques. Il a été un des artisans de l’œuvre effectuée par les médecins français pour doter ces régions des premiers éléments d’un système de soins cohérent et d’un système hospitalier. Après ce séjour africain, il est remonté dans le Maghreb, plus précisément au Maroc, où il a exercé à l’hôpital Mohammed V des forces armées marocaines et à la faculté de médecine de Rabat.

Un jour, un de ses collègues lui a demandé de l’aider à préparer l’agrégation de médecine. Comme il me l’a raconté, il s’est dit, à cet instant « au fond, pourquoi je ne me présenterais pas à ce concours ? ». Ce qu’il fit et fut reçu. Il était très doué !

Agrégé de médecine, il a été titulaire de la chaire d’hygiène à l’hôpital militaire du Val de Grâce, où il a terminé sa carrière comme « médecin général inspecteur ».

Mais la retraite n’a pas signifié pour lui l’arrêt de toute activité. La recherche historique avait toujours été une passion inassouvie. Il a repris ses études et les a continuées jusqu’à obtenir un doctorat d’histoire le 28 juin 2006 à l’université Paris IV, avec comme sujet « Lyautey et le Tafilalet ». Il s’était toujours demandé pourquoi son grand-père avait quitté l’armée avant la limite d’âge et, un jour, lors de ses recherches, il a trouvé une annotation de Lyautey ainsi libellé « affaire DOURY réglée ». Il a voulu comprendre ce dont il s’agissait. Lyautey avait décidé, de sa propre autorité, en pleine guerre européenne d’entreprendre une opération de grande envergure visant à couper le « bloc berbère » en deux à travers le Moyen Atlas, avec la jonction des troupes de la région de Meknès au nord-ouest avec celles de Bou Denib au sud-est, c’est à dire d’occuper le Tafilalet, berceau de la dynastie marocaine : il escomptait des bénéfices symboliques considérables pour un coût minime. En 1917, cette opération eut lieu, mais elle entraina un soulèvement général des tribus l’année suivante, qui s’étendit jusqu’à la Moyenne Moulouya et qui dura jusqu’en 1917, malgré l’appui des autorités militaires algériennes et se termina par un retrait des troupes françaises. Lyautey, loin d’assumer son erreur en fit porter la responsabilité au lieutenant-colonel DOURY, commandant de l’unité mobile de Bou Denib, dont la carrière prometteuse fut brisée net. Jacques Frémeaux, président de son jury de thèse a loué la qualité de son travail et de son objectivité (bien que le sujet ait été traité par le petit-fils de l’intéressé, « l’étude n’en demeure pas moins impartiale et la démonstration parait difficilement contestable »). J’ai assisté à la soutenance de sa thèse. Tout le monde a été impressionné. Il était vraiment très très doué.

Il était président d’honneur de « La Rahla, Amicale des Sahariens ». Il avait été élu, en 1993, membre correspondant de l’Académie de médecine. Ces deux titres sont, d’une certaine façon un résumé de sa vie.

Lorsqu’il a appris qu’il était atteint de la maladie de Parkinson, il m’a dit cette simple phrase : « je sais ce qui va se passer ». Il a été d’une étonnante lucidité jusqu’au dernier moment. C’était un « Grand Monsieur ».

Je ne voudrais pas terminer ce petit message sans rendre hommage à son épouse Micheline et rappeler que s’il fut un travailleur acharné, ceci ne l’a pas empêché de créer une famille avec elle, ses trois filles et son fils, que je salue ici.

A titre personnel, je voudrais dire qu’il fut un ami solide et fidèle, même si nos métiers respectifs ont maintenu entre nous une distance certaine au plan géographique.

Merci à l’association des Anciens de Hoche d’avoir permis de nous retrouver.

Guy Vidal (1934-1946)

Gaston Bataille, professeur d’anglais à Hoche entre 1946 et 1978, nous a quittés

gaston-batailleNous avons appris avec grande tristesse le décès de Monsieur Gaston Bataille, ancien professeur agrégé d’anglais au lycée Hoche (de 1946 à 1978), survenu le 2 octobre 2015. A l’âge exceptionnel de 101 ans, il continuait à s’intéresser activement à la grammaire et l’étymologie de la langue anglaise. Nous avons eu ainsi le grand plaisir de nous réunir autour de lui, à Hoche, en 2013 et 2014 : avec sa vivacité intellectuelle intacte, il nous avait commenté ses méthodes, inventives et pragmatiques, qui immergeaient efficacement ses élèves dans la langue anglaise. De plus, son travail approfondi sur l’étymologie a été publié sur le site Internet des Anciens, en août 2015.

Très connu, et apprécié par ses anciens élèves, il laisse le souvenir d’un grand professeur, et d’un homme attachant. Nous exprimons notre profonde sympathie à sa famille, notamment ses trois fils, Jean (Hoche 1961), Alain (Hoche 1963) et Michel (Hoche 1965) et son petit-fils Christophe Bataille (Hoche 1989)

Annonce du décès de Gaston BATAILLE dans le Figaro du 10-11 octobre 2015

Pour le Conseil d’administration de l’Association des Anciens Élèves du Lycée Hoche
Vincent Bourgerie, Vice-président

François Veslot, élève à Hoche entre 1942 et 1952, administrateur de l’Association des anciens nous a quittés

francois-veslot

François était issu d’une vieille lignée versaillaise… toujours proche du lycée Hoche. Son grand-père y avait été professeur, et un tableau le représentant a figuré dans les expositions du musée du lycée. Son père, médecin brillant, était aussi homme de lettres et de culture, et son opuscule Au temps des pavés fleuris, paru en 1977, évoque avec talent et émotion le Versailles de l’entre-deux-guerres… et bien sûr son cher lycée.

François, ses frères, ses enfants y furent élèves. François avait fait toute sa carrière de médecin à Versailles. Depuis bientôt 20 ans, il avait accepté de travailler au sein du bureau de l’association des anciens, toujours présent, toujours prêt à donner un coup de main, toujours de bon conseil, toujours discret et efficace. Chacun se rappelle encore son implication dans les Foulées du Bicentenaire, incluant le contrôle médical…

Nous avions suivi avec inquiétude l’évolution de son état de santé, que François affrontait avec courage, sans se plaindre.

Les Anciens de Hoche saluent avec émotion sa mémoire.

Philippe-Georges CAPELLE, Président d’honneur de l’Association des Anciens de Hoche

« Cabu, tendre et indomptable », paru dans Versailles Magazine de février 2015

cabu-tendre-et-indomptable-paru-dans-versailles-magazine-de-fevrier-2015

La Ville de Versailles rend hommage à Cabu mort le 7 janvier dernier comme un autre grand dessinateur de presse, Georges Wolinski, et trois de leurs disciples : Charb, Tignous, et Honoré.
Jean Cabut, personnalité émouvante et géniale, dessinateur hors du commun, caricaturiste incisif et juste, est venu croquer le lycée Hoche fin 1963, pour le journal Pilote.

Né le 13 janvier 1938 à Châlons-en-Champagne, il passe son enfance à Châlons-sur-Marne où son père, Marcel Cabut est professeur à l’École Nationale Supérieure des Arts et Métiers. À 12 ans déjà, il remporte un premier prix d’un concours de dessin pour le magazine Coeurs Vaillants et signe ses illustrations sous le nom de J.K Bu. Il s’installe à Paris en 1954, découvre Trenet à L’Olympia, le jazz, fréquente l’École Estienne et croque des modèles vivants les week-ends à L’Académie Julian.

Toute la communauté de Hoche pleure la disparition de CABU

je-suis-charlie

C’est avec émotion que nous apprenons le décès de Jean Cabut, dit Cabu, dans l’attentat perpétré au siège de « Charlie Hebdo » ce mercredi 7 Janvier 2015.

Artiste qui est venu croquer le lycée Hoche fin 1963 pur le journal Pilote, il est remarqué comme un prodige du dessin et remporte son premier concours à l’âge de 12 ans. Nous gardons le souvenir de son parcours admirable, de son coup de crayon sans égal et de son humour corrosif.

Il meurt assassiné à l’âge de 77 ans au côté d’autres grands noms du dessin de presse. Cette attaque fera 12 morts et mettra toute la patrie en deuil pour ses pertes tragiques et la menace lancée à l’encontre de ses valeurs.

toute-la-communaute-de-hoche-pleure-la-disparition-de-cabu-un-ancien-du-lycee-que-nous-noublierons-pas

Robert Badinter dira à ce sujet : « Ils sont morts parce que c’étaient des soldats de la liberté, parce qu’ils n’acceptaient pas qu’on leur ferme la bouche, ils n’acceptaient pas de céder au chantage et à la menace. La liberté d’opinion qu’ils défendaient, c’est la nôtre, c’est le fondement même de la démocratie, c’est ce qu’on oublie trop souvent. […]
Et eux, eux, parce que c’est d’eux dont il s’agit, eux ils n’ont pas accepté de reculer, ils n’ont pas cédé. C’est pourquoi je pense que ce sont des vrais héros de la démocratie. On parle toujours de la liberté, il y a des hommes, des femmes qui sont morts pour la liberté et la liberté, c’est la nôtre, c’est de celle-là dont il s’agit. Et c’est pour ça que ces assassins sont venus à Charlie Hebdo : c’est pour montrer qu’ils tueraient ceux qui n’acceptaient pas leur loi. »

Nos pensées accompagnent les proches des victimes.

Les membres du Conseil d’Administration de l’Association des Anciens de Hoche, au nom de tous les anciens du Lycée.

In Memoriam : Jean-Paul BECHAT

Béchat
C’est un des anciens les plus emblématiques du lycée Hoche qui vient de disparaître ce 24 novembre 2014. Jean-Paul BECHAT avait été élève au lycée, puis en prépa, avant d’intégrer Polytechnique. Il avait fait presque toute sa carrière au groupe SNECMA , dont il était devenu le PDG en 1996.

Sous sa gouvernance, la SNECMA a vu son chiffre d’affaires multiplié par 4, ses effectifs passer de 18 000 à 60 000 personnes, ses résultats se rétablir de manière spectaculaire. Jean-Paul BECHAT a ensuite présidé à la création du groupe SAFRAN par fusion avec la SAGEM.

C’est la mémoire d’un des plus remarquables industriels français qui est aujourd’hui saluée unanimement dans tous les milieux économiques et politiques. Lorsque, voici plus de 15 ans, l’association lança sa campagne pour sauver de la ruine la chapelle du lycée, il fut un des tout premiers à répondre à notre appel. Je me rappelle un coup de téléphone, bref : « On ne peut pas laisser les choses en l’état ! Je vous envoie mon Secrétaire Général ». Ce dernier, après une visite des lieux, rendit compte. Et un chèque de 50 000 Francs fut le premier à alimenter la participation des Anciens à l’opération Chapelle.

L’Association des Anciens se souvient avec émotion de ce prestigieux ancien, et s’associe aux hommages qui lui sont aujourd’hui rendus.

Philippe-Georges CAPELLE, Président d’honneur de l’Association des Anciens de Hoche